Togo : Une mareyeuse se reconvertit à la pisciculture

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Ablawa Apoin Togbeu, mareyeuse depuis plusieurs années au port de pêche de Lomé, se reconvertit aujourd’hui à la pisciculture. « Avant, j’avais des pirogues qui allaient en mer. Mais c’est trop d’angoisse pour rien. J’avais beaucoup de pertes. Maintenant je me fournis en poissons auprès du d’un blanc qui a un bateau de pêche », explique-t-elle. Il s’agit d’un bateau d’une quinzaine de mètres de long appartenant à un individu de type européen, qui aurait acquis la nationalité togolaise par alliance.

En 2011, elle décide de se lancer dans la pisciculture. Mme Togbeu crée la ferme piscicole « Canne à pêche » dans son village natal à Sévagan, une localité située à une trentaine de kilomètres de Lomé.

Mme Togbeu n’avait jamais suivi de formation en pisciculture et a donc appris sur le tas, par essais et erreurs. À l’aide d’un tracteur, elle creuse quatre étangs sur sa ferme, qui lui ont coûté environ 5 millions de francs CFA (USD 8200). « J’ai pris un prêt [que]je rembourse petit à petit et jusqu’aujourd’hui je n’ai pas encore fini de le rembourser », dit-elle.

Le début ne fut pas facile pour Mme Togbeu. Elle explique : « Après avoir creusé les étangs, la question suivante, c’était où trouver du poisson. J’ai acheté le poisson du lac, mais ça ne marchait pas. Je ne savais pas aussi qu’il fallait nourrir les poissons, donc ils mouraient. À chaque fois que je mettais des poissons dans l’eau, les villageois venaient vider l’étang la nuit. Quand je venais pêcher, je ne trouvais rien ». C’est alors qu’elle décide de prendre un gardien. Elle embauche donc Koffi Tchiè. Il vit en permanence sur la ferme avec son épouse et son enfant de trois ans. « Mon travail ici, je fais le gardien la nuit et le jour, je nourris les poissons trois fois par jour et je fabrique aussi les aliments pour les poissons. Mon rôle c’est de veiller pour que personne ne vienne ramasser le poisson dans les étangs », explique-t-il.

En 2014, Mme Togbeu participe à une formation. Pendant cette formation, elle découvre le Projet d’Appui au secteur agricole (PASA) qui lui apprend comment nourrir le poisson. « Le PASA m’a aussi donné des alevins. Je mets 2000 [alevins dans un étang.]L’année passée, j’ai pu remplir deux étangs et les deux autres sont restés vides parce que je n’ai pas trouvé d’alevins ». Mme Togbeu a également bénéficié du PASA en obtenant des aliments pour poisson subventionnés. Elle achète le sac de 20 kilogrammes de granulés à 5000 F CFA (8$ US). Sur le marché, le même sac coûte trois fois plus cher.

Mme Togbeu vend ses poissons aux femmes qui font le fumage de poisson. Elle vend aussi ses poissons à des hôtels et restaurants à Lomé. « Avec les femmes qui viennent acheter sur place ici, je vends le kilo à 1500 F CFA. Mais aux hôtels à Lomé, je vends le kilo à 2000 ou 2500 FCFA », laisse-t-elle entendre. Elle assure que la pisciculture n’est pas facile. « Tout est difficile. Nourrir les poissons trois fois par jour ce n’est pas facile. Trouver les ingrédients n’est pas facile. Fabriquer les aliments n’est pas non plus facile. Mais vouloir c’est pouvoir », dit-elle. Pourtant elle se voit désormais beaucoup plus dans la pisciculture et ambitionne d’agrandir sa ferme. « Mon objectif c’est de réaménager mes étangs et creuser encore d’autres étangs pour produire des alevins moi-même », confie-t-elle.

Inoussa Maïga

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