Togo : Du « tilapia bio » pour combler le déficit halieutique

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La production halieutique du Togo ne couvre que 35% des besoins de la population soit 25 000 tonnes. Le déficit constitue une réelle opportunité d’affaires, que certains ont vite saisie. A l’image de Cephas  Adjomlan qui s’est lancé dans la pisciculture.

C’est à Kovié, une localité située à une trentaine de  kilomètre à l’Est de Lomé, que Cephas  Adjomlan a installé sa ferme piscicole baptisée « La main de Dieu ». Pour accéder à son domaine qui s’étend sur deux hectares, il faut traverser plusieurs kilomètres de pistes entourées de part et d’autres par des rizières, puis franchir un immense portail rouge gardé par un vigile.

Une fois à l’intérieur, on aperçoit plusieurs étangs dans lesquels sont élevées différentes espèces de poissons. « Il y a exactement 30 étangs », s’empresse de préciser le propriétaire des lieux. « Nous y élevons des tilapias, des clarias et des hétérosis », ajoute-il.

Cephas Adjomlan passe la majeure partie de son temps dans sa ferme piscicole. Car il faut répondre à la demande sans cesse croissante. Casque blanc sur la tête, cet homme aux trains fins et aux allures de sportif supervise personnellement l’alimentation de ses poissons.

À 45 ans, cet ingénieur en génie civile et analyste programmeur s’est lancé dans cette activité, après l’avoir découvert à l’étranger. « C’est au Gabon que j’ai eu la passion pour les poissons. Je vivais là-bas avec les prêtres dans un grand domaine. Et chaque matin il fallait nourrir les poissons », raconte-t-il tout sourire.

Cephas Adjomlan, promoteur de la ferme piscicole "La main de Dieu"

Cephas Adjomlan, promoteur de la ferme piscicole “La main de Dieu”

Une fois de retour au pays, il ne s’est pas fait prier pour lancer, avec moins d’un million de FCFA, son projet dont la production était au départ destinée à sa propre consommation. Mais après quelques années d’expérimentation son projet a finalement commencé à porter fruits. La production annuelle des trois variétés de poissons est estimée à 75 tonnes dont deux tiers de tilapias. Ce résultat est loin de satisfaire Cephas Adjomlan qui souhaite une aide financière du Gouvernement pour faire mieux.

La production halieutique du Togo a connu une baisse au cours des cinq dernières années. Elle est passée de 27 635 tonnes en 2010 à 19 887 tonnes en 2014. Pour rehausser la production halieutique nationale, le ministère de l’élevage et de la pêche a fait un pari sur l’aquaculture qui s’est traduit par l’adoption d’une stratégie nationale de développement durable de l’aquaculture. Cette stratégie vise à renforcer les capacités techniques, matérielles et organisationnelles des acteurs du sous-secteur.

Le pari Cephas Adjomlan est d’arriver à produire des tilapias de plus en plus gros. « Nos tilapias ne sont pas aussi gros que ceux importés qui font des fois 1kg. Car ceux que nous produisons sont bios Nous ne les nourrissons pas avec des hormones de croissance comme c’est le cas pour les poissons importés. Ils consomment plutôt une nourriture que nous préparons ici au centre à base du maïs, soja et des lipides, dont la composition est approuvée par le ministère de l’élevage et de la pêche. Nos tilapias par exemple pèsent à moyenne 250 à 300 g. Mais nous travaillons actuellement pour qu’ils puissent faire entre 350 et 400g », explique-t-il.

Si Cephas Adjomlan a gagné le pari de la production de qualité, il n’a pas encore gagné celui de la production en masse. Son objectif, c’est d’atteindre une production annuelle de 500 tonnes d’ici cinq ans. Soit 667% de sa production actuelle.

Pour y arriver, il envisage construire de nouveaux étangs. Il devra aussi protéger davantage ces poissons contre des prédateurs, des oiseaux, qui viennent quotidiennement s’y nourrir.

Daniel ADDEH

@Daniaddeh

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