Sénégal : Thiaroye-sur-mer et ses fantômes

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Jadis prospère, Thiaroye-sur-mer, un ancien village de pêcheur situé à la périphérie Est de Dakar, la capitale sénégalaise, n’est plus que le fantôme de lui-même. « Nous menons des activités de transformation qui battent de l’aile à cause du manque de poisson », balance sans détours Mamboup War, transformatrice de produits de la mer, présidente du Groupement d’Intérêt Economique (GIE) « Pentium Sénégal » à Thiaroye-sur-mer. « Mon époux et mon fils sont tous les deux pêcheurs et moi je suis dans la transformation. Je peux donc dire que la vie de toute ma famille, c’est la pêche », précise-t-elle.

Dans cette localité, des centaines de jeunes, désœuvrés et aveuglés par l’espoir d’une vie meilleure ailleurs, ont abandonné la pêche pour l’immigration clandestine vers l’Europe. Aujourd’hui, la plupart des femmes transformatrices attendent le retour d’un fils, d’un frère ou d’un époux, sans nouvelle depuis plusieurs années.

« Mon fils âgé de 28 ans est parti de Nouakchott [Mauritanie] pour l’Espagne en empruntant une embarcation. Il y a de cela six et depuis, on n’a plus de ses nouvelles. Avant qu’il ne parte j’ai tenté de l’en dissuader, en vain. J’ai tout fait aussi pour le retrouver, j’ai adressé des correspondances à l’Ambassade du Sénégal en Espagne, mais aucune nouvelle de lui », confie Mamboup War.

« Pour nos activités, nous sommes maintenant dépendantes du financement de commerçants étrangers, venant des pays de la sous-région ouest-africaine, qui, en retour, nous imposent le prix d’achat des produits transformés. Ils nous achètent le kilo à 100 francs CFA. Une fois chez eux, ce même poisson est revendu à 5000 francs CFA le kilo », explique Mamboup War.

« C’est difficilement concevable de travailler dur, jour et nuit, et qu’ensuite d’autres personnes viennent prendre tout le profit. Et c’est ce que nous vivons ici chaque jour que Dieu fait », ajoute la présidente du GIE « Pentium Sénégal », qui pense de plus en plus à se reconvertir dans la vente de friperie. « Nous sommes devenues comme les marches d’un escalier pour ces commerçants étrangers qui s’enrichissent sur notre dos, tandis que nous continuons à vivre dans la pauvreté », dit-elle, dépitée.

Inoussa Maïga.

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