Sénégal : débat sur la production de farine de poisson et la surpêche

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« La production de farine de poisson : enjeux pour les communautés côtières ouest-africaines ». C’est au tour de ce thème que s’est tenu le mercredi 13 septembre 2017 le septième forum l’Association pour la promotion et la responsabilisation des acteurs de la pêche maritime (APRAPAM) au Sénégal. Avec la participation d’acteurs du secteur de la pêche de la société civile de la Mauritanie, de la Gambie et de la Guinée-Bissau

L’implantation d’usines de production de farine de poisson peut intensifier la surexploitation de la ressource halieutique au Sénégal et dans la sous-région ouest-africaine, a signalé mercredi le président de l’APRAPAM, Gaoussou Guèye.

« Si nous comprenons que cette ressource qui est transfrontalière, surtout les petits pélagiques, où il y a une nécessité d’ériger des règles de bonne gouvernance, de transparence et de politiques de stocks partagés avec nos voisins, nous risquons d’avoir une insécurité alimentaire au niveau de nos pays », a alerté M. Guèye qui soutient que « le poisson représente beaucoup en terme de création d’emplois, de sécurité alimentaire et de stabilité sociale ».

Rappelant que les petits pélagiques constituent « le filet de sécurité alimentaire » des populations locales, le président de l’APRAPAM estime que si rien n’est fait par rapport à ces usines, des emplois risquent d’être perdus au niveau de la pêche artisanale sénégalaise qui fournit environ 600 000 emplois directs et indirects.

« Cette problématique est encore beaucoup plus douloureuse, parce qu’on ne sait pas comment ces usines ont été installées et par qui ? », a-t-il regretté, rappelant l’engagement du président de la République, Macky Sall, lors de la première conférence internationale sur la transparence dans le secteur de la pêche, tenue en février 2015 à Nouakchott, en Mauritanie.

« Au sortir de cette conférence, le Sénégal devait mettre en place un groupe multiparti en fin 2016, avec un accent particulier sur la gestion et les règles de gouvernance et de transparence sur ces ressources qui constituent plus que de l’or et du pétrole pour notre pays », a souligné Gaoussou Guèye.

Tenant compte de l’importance des petits pélagiques au Sénégal et en Afrique de l’Ouest, M. Guèye, également président de la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA, a estimé qu’il ne faudrait pas privilégier la farine de poisson pour nourrir du bétail et de la volaille, au détriment de la consommation humaine.

« Je me demande même si réellement le président de la République est informé de la catastrophe que constituent ces usines de production de farine de poisson, à tous les niveaux, notamment sur les plans alimentaires mais aussi sur la gestion, la rationalisation et la durabilité de la ressource, ainsi que leur impact sur le plan environnemental et de la santé des populations », a lancé M. Guèye.

Au Sénégal, révèle Guèye, une dizaine d’usines sont agréées. En Mauritanie, leur nombre est passé de 6 à 23 depuis dix ans, alors que deux usines viennent d’être construites en Gambie.

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Mansour Ndiaye, directeur général de « Sénégal protéines », une unité industrielle basée au môle 10 sis au Port autonome de Dakar (PAD), a invité les promoteurs d’usines de production de farine de poisson à s’inspirer des bonnes pratiques environnementales, notamment par la mise en place d’un système de dépollution pour limiter les impacts environnementaux.

« Par rapport aux impacts directs environnementaux de ces usines, notamment les pollutions au niveau de l’atmosphère et des rejets de la mer, je pense qu’actuellement la technologie est assez avancée et nous, à Sénégal protéines, nous avons un système de dépollution assez efficace comme ont eu à le constater les services de la Direction des pêches maritimes (DPM) », a-t-il fait valoir.

M. Ndiaye, qui prenait part à ce forum, a expliqué sa présence à cette activité par le souci d’apporter « quelques éclaircissements sur les tenants et les aboutissants » de ces unités industrielles qui sont en train de se proliférer au Sénégal depuis dix ans maintenant.

Il estime que chacun doit jouer sa partition et réfléchir sur une solution qui arrange tout le monde. Parce que le but, pour lui, c’est de préserver la ressource halieutique. Ce qui passe par des études pour voir si ces usines contribuent à baisser la ressource ou non.

« Nous, nous ne récupérons pas les petits pélagiques pour en faire de la farine, mais plutôt les déchets des usines de transformation. Mais, c’est à partir de 2000 que des usines ont commencé à se proliférer tout au long de la côte, exonérées de toutes taxes et qui sont contraintes d’exporter, au moins, 80% de leurs productions vers l’Europe et vers d’autres pays étrangers », a expliqué Mansour Ndiaye.

D’après lui, ces sociétés sont tenues d’avoir un taux de protéines assez élevés et, pour ce faire, sont obligées d’avoir beaucoup de sardinelles dans leurs productions. Elles se disputent, parfois, le produit avec les femmes transformatrices et autres mareyeurs qui compte sur le poisson pour faire vivre leurs familles.

Ce qui fait dire à Mansour Ndiaye qu’une réflexion doit être menée pour voir comment ces usines de production de farine de poisson peuvent-elles faire pour que les populations environnantes puissent profiter de leur implantation.

« Nous avons installé une pompe eau de mer qui récupère les odeurs qui auraient dû sortir pour les emmener en mer. C’est une pompe qui fonctionne normalement mais qui coûte cher et c’est ce qui, peut-être, décourage les gens à le faire », a dit Mansour Ndiaye qui invite les promoteurs des unités de production de farine de poisson à suivre l’exemple de « Sénégal protéines ».

Assane Dème (REJOPRAO Sénégal)

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