Côte d’Ivoire : Fumeuse de poisson, malgré son handicap

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Le jour se lève au débarcadère d’Abobodoumé. Des femmes transformatrices de poissons s’activent. Assise sur un tabouret, le bruit assourdissant venant de toutes parts laisse pourtant Ava Sidjé Bénédicte, âgée de 25 ans, imperturbable. En fait, elle est atteinte de surdité depuis l’âge de 8 ans. Mais cela ne l’empêche pas de travailler pour gagner convenablement sa vie. Elle est membre de la Coopérative des Mareyeuses et Transformatrices des Produits Halieutiques d’Abidjan (CMATPHA).

Assise devant une bassine remplie de poissons, Ava Sidjé Bénédicte, les nettoie délicatement un à un. Une fois nettoyé, elle plie le poisson de sorte à relier la tête de la queue à l’aide de tiges de bambou d’environ cinq centimètres. Puis, elle transporte les poissons ainsi préparés jusqu’au fumoir traditionnel où elle les étale sur la grille.

Malgré l’épaisse fumée qui s’impose aux visiteurs et à toutes les femmes, l’ambiance est plutôt bon enfant. Pour Bénédicte, ce travail est une source de revenus non négligeable. Elle gagne entre 1 500 et 2 000 FCFA. « Au départ, j’avais honte des gens. Grâce à ma sœur, je me suis habituée aux clients et aux personnes qui travaillent sur le site. Aujourd’hui, je n’ai plus honte. J’aime ce travail. Je me sens bien ici. Je veux travailler davantage pour ne pas mendier », se confie Ava Sidjé Bénédicte par des signes.

En Côte d’Ivoire, on compte 85 517 personnes en situation de handicap, selon le dernier recensement général de la population et de l’habitat réalisé en 1998 par l’Institut National des Statistiques (INS). Le handicap auditif (sourd-muet) arrive en deuxième position du classement des formes de handicap les plus répandues, après le handicap physique.

Dans tout le pays, il existe une seule école spécialisée, l’Ecole Ivoirienne pour les Sourds (ECIS) qui accueille à peine 200 apprenants. La majorité des sourds-muets est livrée à elle-même. Certains réduits à la mendicité, d’autres utilisés dans des plantations agricoles ou les travaux domestiques.

Ils sont très peu à avoir un travail décent comme Ava Sidjé Bénédicte. Au point où être handicapé auditif et exercer dans le commerce de poisson est perçu par bien de personnes comme étant un exploit. « Quand j’ai vu cette femme pour la première fois, j’ai eu un pincement au cœur en constatant qu’elle vivait avec un handicap. Je me suis demandé ce qu’elle pouvait bien faire ici. Quand je l’ai observé dans son activité de fumage, j’ai compris que son handicap ne l’empêchait pas de bien faire son travail. D’ailleurs, elle s’en sort très bien », témoigne Akossi Hervé gérant de la CMATPHA. « Elle est aimée par toutes les femmes du débarcadère », précise Naya Laurentine, fumeuse et vendeuse de poisson, qui, de temps en temps, aide Bénédicte à communiquer avec des clients ne comprenant pas le langage des signes.

Ogou Dama Begui

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