Fleuve Niger : la pêche à l’épreuve des changements climatiques

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Au Niger, la pêche fait partie des secteurs les plus menacés par les changements climatiques. S’ils ne changent pas carrément de métier, les pêcheurs du fleuve Niger ont recours à quelques techniques locales pour adapter leur activité aux effets des changements climatiques.

Située à environ deux cent kilomètres à l’ouest de Niamey et à moins d’une vingtaine de la frontière malienne, la localité nigérienne d’Ayorou est connue pour être une zone de pêcheurs.

C’est de là que Niamey et d’autres villes nigériennes étaient jadis approvisionnées en poisson. « Maintenant Ayorou n’a que son nom. La pêche qui faisait jadis sa renommée ne marche plus. La preuve vous m’avez trouvé à la maison, alors qu’à l’époque je devais être sur le fleuve », regrette Harouna Wahari, pêcheur âgé de 66 ans qui nous reçoit à son domicile situé à une centaine de mètres du fleuve.

« Depuis des années, nous assistons à une baisse du niveau du fleuve. Les eaux ne sont plus profondes et cela ne favorise pas la reproduction du poisson. Par le passé nous vivions uniquement de la pêche. C’est avec cette activité que nous assurions la nourriture de nos familles et faisions face aux autres dépenses de nos foyers. Aujourd’hui, il nous faut mener d’autres activités parallèles pour joindre les deux bouts », poursuit-il.

Une activité qui ne rapporte plus

« La pêche ne nourrit plus son homme aujourd’hui », renchérit de son côté Mahamadou Ali, âgé d’une quarantaine d’années. Lui aussi a connu les périodes fastes de la pêche à Ayorou. En plus des problèmes cités par Harouna Wahari, Mahamadou Ali estime qu’il y a même une surpopulation des pêcheurs à Ayorou. « Beaucoup d’agriculteurs et des éleveurs, dont les activités ne marchent plus à cause des sécheresses, se sont rabattus sur la pêche. En plus, ces mêmes agriculteurs et éleveurs coupent les herbes se trouvant dans les eaux du fleuve pour nourrir leurs animaux. Or, c’est de ces herbes que les poissons se nourrissent », précise-t-il.

Au niveau de la Fédération nigérienne des pêcheurs dont le siège est basé à Niamey, on s’inquiète surtout de la diminution avancée du niveau du fleuve. « Du fait de la coupe abusive du bois le long du fleuve, nous assistons à un ensablement inquiétant de ce fleuve. Vous avez des partis de ce fleuve où vous pouvez traverser à pieds à certains moments de l’année. Si rien n’est fait nous risquons de nous réveiller un jour où les activités pratiquées sur ce fleuve, comme la pêche, vont totalement disparaître », avertit Elhadj Seïni Yacouba. Agé de soixante-quinze (75) ans.

S’adapter ou changer de métier ?

Certains professionnels de la pêche ont tout simplement changé de métier. C’est le cas de Mahamadou Ali qui, malgré son âge relativement jeune, s’est reconverti en agriculteur. « Je ne me retrouve plus dans la pêche et c’est pourquoi, malgré l’amour que j’ai pour cette activité, j’ai décidé de l’abandonner, en attendant que les conditions soient plus favorables », indique-t-il la mort dans l’âme.

Par contre, d’autres ont décidé de rester dans la pêche, tout en faisant recours à quelques techniques pour faire face aux contraintes imposées par les changements climatiques.

Harouna Wahari est de ceux-là. « Depuis ma naissance je n’ai rien appris à faire d’autre que la pêche. Je ne peux donc pas abandonner cette activité. Pour faire face aux difficultés qu’éprouve cette activité, nous avons trouvé quelques astuces pour nous en sortir. Moi par exemple, j’ai changé de technique de pêche, en abandonnant les filets pour utiliser des cages. Comme le poisson est de plus en plus rare, ce n’est pas facile de le capturer en grand nombre avec les filets. Mais avec les cages c’est plus simple. Il suffit de mettre un peu d’aliments dedans et ça attire les poissons », explique-t-il. « Nous conseillons aussi aux pêcheurs de creuser des parties du fleuve pour les rendre profondes et permettre ainsi aux poissons d’avoir des endroits propices pour mieux s’émouvoir et se développer », explique Elhadj Seïni Yacouba.

Par Kané Illa / Niger

Ceci est une version synthétique de l’article original réalisé avec l’appui du Réseau des Journalistes pour une Pêche Responsable en Afrique de l’Ouest (REJEPRAO)

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