Des femmes de la pêche artisanale mobilisées en Ouganda

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Femmes mareyeuses, micro-mareyeuses, transformatrices des produits de la pêche artisanale africaine, membres des organisations professionnelles de pêche artisanale de la Confédération africaine des organisations professionnelles de pêche artisanale (Caopa) venues du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Bénin, de Djibouti, d’Ouganda, du Mali, du Togo, de la Gambie, de la Guinée Bissau, de la République de la Guinée-Conakry, du Tchad et du Maroc ont été réunis à Entebbe, en Ouganda, du 6 au 8 mars 2017 à l’occasion de la journée internationale de la femme.

L’organisation « Kiyindi women fish processors association » et la Confédération africaine des organisations professionnelles de pêche artisanale (Caopa) ont co-organisé deux jours de réflexion (du lundi 6 au mardi 7 mars 2017) portant sur l’activité de la femme, avant de la célébrer au bord du lac Victoria à Kiyindi, en Ouganda, le mercredi 8 mars 2017. En effet, en Afrique, le secteur de la pêche artisanale joue un rôle déterminant dans la création d’emplois, la lutte contre la pauvreté, la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations. Au niveau mondial, l’Afrique vient en deuxième position après l’Asie quand on considère les emplois directs et indirects fournis par la pêche artisanale. La Journée internationale de la Femme est donc une occasion pour regrouper des femmes du secteur de la Pêche artisanale. Ainsi, au cours de cette année, une soixantaine de femmes mareyeuses, micro-mareyeuses, transformatrices des produits de la pêche artisanale, ont rappelé aux gouvernements africains l’engagement pris à travers la charte internationale des droits humains, qui dit : « L’État a le devoir de veiller à l’élimination de toute discrimination contre la femme et d’assurer la protection des droits de la femme et de l’enfant », a rappelé la Vice-présidente de la Caopa, Adama Antonia, de la Guinée-Bissau.

photo-1L’impact de la femme dans le secteur de la pêche artisanale

Les femmes des communautés de pêche artisanale sont présentes à tous les stades de la chaîne de valeur. Elles assurent la préparation et le financement des sorties de pêche, la réception du poisson, la transformation et la commercialisation des produits halieutiques et aquacoles au bénéfice des populations les plus défavorisées. Les femmes sont également le pilier des familles de pêcheurs, en charge de l’éducation des enfants et de la gestion du ménage. Elles jouent, au même titre que les hommes, un rôle clé pour assurer la sécurité alimentaire et la nutrition, l’éradication de la pauvreté, le développement durable de la pêche. La Caopa (Confédération africaine des Organisations de la pêche artisanale) l’a bien compris. C’est pourquoi en son sein, elle applique l’implication paritaire des femmes dans tout processus décisionnel et opérationnel. Son bureau est, d’ailleurs, composé de façon paritaire, avec quatre hommes et quatre femmes. La place et le rôle des femmes dans la pêche artisanale en Afrique sont essentiels. « Sans femmes dans la pêche artisanale, il n’y aurait pas de pêche artisanale viable. Sans femmes dans la pêche artisanale, il n’y aurait pas de poisson dans les assiettes des plus pauvres », précise la vice-présidente Adama Antonia.

Les femmes encore marginalisées !

La célébration de la journée internationale de la femme, le 8 mars dernier en Ouganda, a permis de révéler encore des défis auxquels les femmes sont confrontées. Car, malgré leur contribution dans la filière de la pêche artisanale, elles restent marginalisées dans les politiques de pêche et d’aquaculture des États africains. Cela amène, pour elles, de nombreuses difficultés et obstacles dans l’exercice de leur activité. Ces difficultés sont relatives notamment à l’accès à la ressource pour la transformation, aux conditions de travail, aux services financiers inadaptés à leurs activités et aux difficultés de commercialisation de leurs produits. « Pourquoi sommes-nous marginalisés dans les politiques qui nous affectent ? » s’interrogent-elles ? La réponse à cette question, c’est que le rôle de la femme dans la pêche artisanale est peu documenté et sous-évalué dans beaucoup de pays africains. « Nous devons nous-mêmes contribuer à changer cela dans nos pays. Ainsi, au cours des deux jours (6 et 7 mars 2017) qui viennent, chacune de nous aura à cœur de partager des informations sur la situation des femmes dans la pêche de son pays pour mieux faire connaître le rôle et l’importance des femmes dans la pêche. Ensemble, nous réfléchirons à comment mieux faire connaître ces informations auprès de nos gouvernements », a promis la vice-présidente de la Caopa (Confédération africaine des Organisations de la Pêche artisanale). Par la suite, les représentantes de chaque pays ont présenté la situation dans leur État. La Côte d’Ivoire, représentée par Micheline Dion, présidente de la Société coopérative des mareyeuses et transformatrices des produits halieutiques d’Abidjan (Cmatpha), par ailleurs coordinatrice des femmes au sein de la Caopa, a exposé la situation de son pays. Selon elle, les luttes menées par les femmes en Côte d’Ivoire suscitent leur implication dans les prises de décision concernant leur activité. Elle a rappelé qu’avant l’organisation de la journée mondiale de la pêche le 21 novembre 2012, elles étaient incomprises. « Après cette journée, le ministère des Ressources animales et halieutiques, nous a fait appel. Nous sommes conviées à toutes les réflexions qui portent sur nos activités. Nous avons aussi bénéficié de plusieurs fours modernes de la part de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao). Nous parvenons aussi à nous organiser pour financer les femmes », indique-t-elle. Comme elle, les représentantes de la Guinée-Bissau, du Maroc, de Djibouti… ont aussi parlé d’avancer dans leur pays. Contrairement au Togo, au Tchad, au Bénin qui ont pointé du doigt l’incompréhension des femmes de la pêche artisanale par l’État et les hommes ? Elles restent marginalisées, disent-elles, dans les organisations de pêche, ainsi que dans les processus décisionnels et dans les politiques qui influent sur leurs moyens de subsistance. Cette marginalisation génère de nombreuses difficultés pour les femmes, comme l’accès au poisson pour la transformation, des conditions de travail difficiles, des services financiers inappropriés et des difficultés à commercialiser leurs produits.

Les avancées pour les femmes

Depuis quelques années, la Fao a défini des directives volontaires sur la pêche artisanale durable. Ces directives prônent une gouvernance des pêches responsables et une durabilité socio-économique, tout en mettant l’accent sur les groupes vulnérables et marginalisés comme les personnes âgées, les enfants et les femmes, les peuples autochtones et les groupes en situation d’insécurité alimentaire. Les femmes de la pêche artisanale se réjouissent de l’approbation par le Conseil de la Fao, le 9 décembre 2016, de la proposition de résolution de déclarer en 2022 l’année internationale de la Pêche artisanale et de l’aquaculture. Cette décision du conseil sera présentée pour adoption à la 40ème session de la conférence de la Fao. Quant à l’Union africaine, elle a adopté, une stratégie de réforme des politiques de pêches et d’aquaculture qui met un accent particulier sur les femmes travaillant dans le secteur de la pêche artisanale. Cette stratégie qui s’appuie sur les directives volontaires de la Fao prône la durabilité de la pêche artisanale. Elle reconnait l’égalité et la non-discrimination entre hommes et femmes, et la participation des hommes et des femmes aux processus décisionnels. « Transformer notre monde » qui est le slogan de l’agenda 2030 pour le développement durable adopté par l’Organisation des Nations unies (Onu) en septembre 2015 est également un programme qui vise à garantir les droits humains de tous, l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes et des filles.

Le plaidoyer des femmes aux dirigeants africains

Les femmes mareyeuses, micro-mareyeuses, transformatrices des produits de la pêche artisanale africaine demandent aux États africains, dans le processus de réforme de leurs politiques de pêche et d’aquaculture, ainsi que d’autres politiques qui influent sur la pêche artisanale, de mettre en œuvre les directives volontaires de la Fao sur la pêche artisanale durable dans leurs législations et réglementations nationales, et le cas échéant régionales. Elles appellent particulièrement les États africains, en préparation de l’année internationale de la pêche et de l’aquaculture artisanale de 2022, d’élaborer, de manière participative, transparente et sensible aux enjeux de genre, un plan d’action nationale pour la mise en œuvre des directives de la Fao. « Nous plaidons pour que la prochaine Conférence des ministres africains de la Pêche et de l’Aquaculture (Cmapa III) soient informés de cette demande et veuillent bien l’examiner », plaident les femmes présentent à Entebbe (Ouganda). Enfin, les femmes dans la pêche artisanale africaine, disent-elles, doivent réclamer une participation entière et une représentation égale dans les postes à responsabilité des organisations professionnelles de la pêche artisanale, ainsi qu’une participation égale aux processus de décision pour les politiques qui influencent leurs conditions de vie et celles de leurs communautés. La Caopa (Confédération africaine des Organisations de la pêche artisanale) qui plaide depuis plusieurs années pour une « année africaine de la pêche artisanale » voit là une opportunité pour que les États se focalisent sur la mise en œuvre des directives dans les politiques de pêche et d’aquaculture nationales et régionales. « Nous nous engageons, vis-à-vis de nos gouvernements qui souhaiteraient suivre cette route, à être des interlocuteurs et des partenaires. », précisent les femmes de la Caopa. Lors de cette édition 2017 de la journée internationale de la femme célébrée par celles de la Caopa, les participantes ont demandé aux États africains, dans le processus de réforme de leurs politiques de pêche et d’aquaculture, ainsi que d’autres politiques qui influent sur l’activité de la pêche artisanale, de mettre en œuvre les directives volontaires de la Fao sur la pêche artisanale durable.

Ogou Dama Begui, envoyé spécial du Rejoprao à Entebbe, en Ouganda

Photos crédits : Ogou Dama

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