Guinée-Bissau : A la rencontre des mareyeuses de Bissau

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Au marché de poissons situé au port de pêche artisanale de Bissau, pêcheurs et mareyeuses ne cachent pas leur joie de pouvoir mener leurs activités dans une certaine quiétude. « Je suis très contente et très satisfaite de votre visite et je compte sur vous pour transmettre nos salutations au monde entier », s’exclame Ignasia Da Silva, Présidente de l’association des mareyeuses de Bissau. Dans la foulée, sa vice-présidente Lydia Da Costa ajoute : « C’est le marché de poisson le plus grand au niveau de la Guinée-Bissau. Il y a environ 500 femmes qui travaillent ici ».

A une trentaine de mètres du quai de débarquement est érigé un hangar. C’est là que les femmes procèdent à la vente en détail des produits. La propreté du lieu est frappante. Mais hélas, il n’y a pas assez de place pour toutes les femmes. D’autres se retrouvent dehors où, bravant l’interdiction de l’administration, elles étalent leurs produits à même le sol. Il faut bien vendre pour satisfaire aux besoins de la famille.

La plupart des femmes mareyeuses arrivent au marché entre 4h et 5h du matin. Dès le retour de la mer des premiers pêcheurs, les femmes se livrent à une compétition, chaque jour plus rude, pour avoir le poisson : « Il y a quelque temps, un pêcheur pouvait prendre de la glace et aller en mer. Au bout de 45 minutes, il revenait avec beaucoup de poisson. Aujourd’hui ils vont en mer toute une journée et ils ne ramènent pas grand-chose », témoigne Lydia Da Costa.

p1430446Isabelle Igana, la doyenne des mareyeuses, à plus de 70 ans. « J’ai devancé tout le monde ici. J’ai vu toutes les femmes venir », dit-elle fièrement. « Ce marché n’existait pas quand j’ai commencé à vendre le poisson à l’âge de 25 ans. Aujourd’hui, j’en ai 76. Au début, les pêcheurs allaient en mer et revenaient à des heures régulières. On pouvait prévoir l’heure de leur retour de la mer, donc on savait aussi à quelle heure venir. On prend le poisson, on vend et on retourne aussitôt à la maison », confie-t’elle.

Pour elle, c’était la belle époque, où la ressource abondait et où les femmes pouvaient à la fois mener leur commerce et être présentes à la maison pour leurs familles, pour leurs enfants. « Ensuite, la guerre est venue. La population a perdu son pouvoir d’achat. Les pêcheurs ont abandonné leur activité. On a commencé à rencontrer des difficultés pour avoir le poisson et même le peu qu’on avait, on n’arrivait plus à le vendre », poursuit Isabelle Igana. « Enfin, la paix est revenue dans le pays, mais il n’y a plus de poisson », dit-elle sous les regards approbateurs de la dizaine de femmes qui l’entourent.

Inoussa Maïga.

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