Guinée-Bissau : Une pêche artisanale très peu développée

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José Maria Miranda Tavare est pêcheur, originaire de l’île de Bubaque située dans l’archipel des Bijagos en Guinée-Bissau. Aujourd’hui, il a migré à Bissau. « Au niveau de l’île de Bubaque, il n’y a actuellement aucune unité de production de glace. Cela a poussé beaucoup de pêcheurs de l’île à rejoindre Bissau. Ils pêchent et revendent sur place parce qu’ici au moins ils peuvent trouver de la glace. Ce qui fait que la population de l’île de Bubaque manque de poisson », explique-t-il.

« A Bubaque, nous n’avons pas de site de débarquement, nous n’avons pas de marché de poisson. Quand on débarque le poisson, on étale à même le sol et c’est là que les femmes viennent acheter chacune de petites quantités à revendre », confie–t-il.

Il ajoute avec amertume : « Nous ne bénéficions d’aucune aide, d’aucun appui. Toutes les difficultés que nous rencontrons, nous devons y remédier par nous-mêmes. Si le moteur de l’embarcation d’un pêcheur est en panne, ou qu’il a perdu son filet, c’est entre nous, de façon solidaire, qu’on essaie de trouver une solution ».

Il évoque également l’impossibilité de trouver dans les commerces locaux du matériel de pêche, contraignant les pêcheurs à se rendre dans les pays voisins comme le Sénégal pour acheter les équipements nécessaires. Ce qui accroit les coûts.

Abdoulaye Leni est membre de l’Association Nationale des Amateurs de la Pêche Artisanale (ANAPA). Pour lui, la première des difficultés auxquelles font face les pêcheurs artisans en Guinée-Bissau est liée à la multiplicité des taxes qu’ils doivent payer pour pouvoir aller en mer.

« Il y a d’abord le permis de pêche artisanale qui s’élève à 205 000 F CFA / an [313 €]. Pour la navigation, nous payons 5 000 F CFA [08 €]. Mais en plus de cela, à chaque sortie, nous payons 1000 F CFA [1,5 €] comme frais de port. On achète le sac de glace de 60 kg à 3000 F CFA [4,57 €]. Pour le carburant, on achète le litre d’essence à 750 FCFA [1,15 €]. Autant d’argent à débourser avant même de pouvoir prendre la mer. Et quand on revient, à chaque débarquement, on doit payer 2000 F CFA [03 €] au vétérinaire », détaille le jeune pêcheur.

Au niveau de la Direction de la pêche artisanale, Gualdino Afonso Té soutient que des efforts ont été faits pour soulager les pêcheurs locaux. « Le permis de pêche coûtait beaucoup plus cher que ça, il y a eu une réduction de 30% », explique-t-il.

En effet, pour les permis de pêche, la réglementation bissau-guinéenne prévoit une double tarification : une pour les pêcheurs nationaux et une pour les pêcheurs étrangers, présents en grand nombre dans le pays. « Le coût du permis de pêche est fonction de la puissance de l’embarcation. Pour une embarcation sans moteur, le permis annuel coût moins de 30.000 FCFA [45,7€]. Pour une embarcation avec un moteur de 40 ch., le permis de pêche coûte 195.000 F CFA [297 €] pour les nationaux et 600.000 [915 €] pour les étrangers », détaille Gualdino Afonso Té.

Cette double tarification, aussi appliquée dans la pêche industrielle, a ouvert la voie à la « nationalisation » de certaines embarcations étrangères, dont les propriétaires souhaitent payer le permis au tarif prévu pour les pêcheurs nationaux. « Si cela continue, l’effort de pêche va augmenter sans cesse », dit-il, ajoutant : « On a aussi un accord de pêche avec le Sénégal qui prévoit que, chaque année, environ 300 embarcations sénégalaises viennent pêcher dans nos eaux. C’est facile pour nous de contrôler ces pêcheurs qui arrivent ici dans le cadre de cet accord de pêche. Mais il y a beaucoup d’autres qui contournent cet accord et c’est plus difficile pour nous de les contrôler ».

Inoussa Maïga.

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